C'est un employé de la banque Jumhouria qui ne rentrera pas du travail. Mardi 13 octobre, à Tripoli, l’homme est décédé par électrocution en se rendant à son bureau alors que des trombes d'eau s'abattaient sur la capitale libyenne. Son corps a été repêché par le Croissant-Rouge ; un second homme est mort, piégé dans sa voiture submergée. En quelques heures, Tripoli s'est muée en lac, engloutissant des dizaines de véhicules et inondant les couloirs de l'hôpital central. Ce qui a conduit à l’évacuation des familles, aux reports des examens universitaires et à une coupure du courant électrique par précaution dans les quartiers touchés. La municipalité de Souq al-Jumaa s'est déclarée « zone sinistrée » et a lancé un appel à l'aide au gouvernement.
De Dakar à Amman, la même pluie, le même désastre
La Libye n'est pas un cas isolé. Le même mardi, deux enfants ont été emportés par les crues à Maadan, dans la province syrienne de Raqa, malgré les alertes météo lancées sur tout le nord-est du pays. En Jordanie, les secours ont repêché le corps d'un homme de 23 ans balayé par une crue éclair dans le district oriental de Ruwaished.
Plus tôt dans le mois, le Sénégal a vécu le pire. Le dimanche 4 octobre, jusqu'à 142 mm de pluie sont tombés en 24 heures à Rufisque et Ranérou, des quartiers entiers de Dakar, Parcelles Assainies, Yoff, Grand-Médine, se sont retrouvés sous l'eau. L'hôpital Philippe Maguilène Senghor a lui aussi été envahi. Des incidents qui ont poussé le gouvernement de Diomaye Faye à décaler la rentrée scolaire au 12 octobre. Une femme et son jeune fils sont morts noyés sous l'effondrement d'un mur. Le décompte des médias sénégalais s'établit à sept morts entre Dakar, Kaolack, Matam et Touba. Au Maroc, le week-end des 10 et 11 octobre a fait au moins deux victimes, coupé dix-neuf tronçons routiers et ravagé le Sud-Est et le Haut-Atlas.
Un octobre mondialement catastrophique
Le phénomène est planétaire. En Espagne, des pluies torrentielles de caractère « tropical », selon le président catalan Salvador Illa, ont tué deux personnes et laissé un disparu en Catalogne début octobre. Au Mexique, l'ouragan Simon et la tempête tropicale Rachel ont porté leur bilan à six morts, entre inondations et glissements de terrain sur la côte pacifique. En Thaïlande, les inondations qui persistent dans une vingtaine de provinces et à Bangkok ont fait au moins 50 à 60 morts et touché plus de trois millions de personnes. Au Népal et en Birmanie, des crues éclair ont emporté des dizaines de vies début octobre.
À des milliers de kilomètres, Taïwan a affronté la même semaine un adversaire identique, et pourtant un autre scénario. Dès le 5 octobre, l'administration météo centrale a placé Keelung, Taipei, le Nouveau Taipei et plusieurs comtés sous alerte forte pluie, avertissant de cumuls dépassant 200 mm en 24 heures ou 100 mm en trois heures. Si les inondations ont bel et bien frappé le centre, le sud et l'est de l'île, coupant des axes ferroviaires et contraignant à des évacuations massives, le bilan humain est resté proche de zéro avec la disparition d’une personne. L’îlot, habitué aux typhons, est équipé de systèmes d'alerte précoce et de protocoles d'évacuation rodés pour lutter contre les catastrophes.