Bénin : L'ère Wadagni s'ouvre sur un gouvernement de continuité, entre espoirs et questions sociales

Bénin : L'ère Wadagni s'ouvre sur un gouvernement de continuité, entre espoirs et questions sociales

Investi ce dimanche 24 mai 2026, le nouveau président Romuald Wadagni a dévoilé dans la foulée un cabinet de 24 membres. Un gouvernement marqué du sceau de la continuité talonienne, à l'heure où les Béninois attendent des réponses concrètes à leurs difficultés quotidiennes.

Par ADIGNON Camor • 345,612 vues • Lecture : 4 min • Publié le 25 May 2026 • Tags: #Croissance économique #Transition digitale #Emploi des jeunes #Sécurité au Nord #Coût de la vie #Diplomatie régionale

Le Bénin a tourné une page de son histoire politique ce dimanche. Après dix ans sous la houlette de Patrice Talon, c'est un autre technocrate, son ancien ministre de l'Économie et des Finances, Romuald Wadagni, qui a prêté serment devant la Cour constitutionnelle. Élu le 12 avril 2026 avec plus de 94 % des suffrages dans un scrutin certes peu disputé, face au seul Paul Hounkpè, il entre en fonction avec la légitimité des urnes, mais aussi avec le lourd héritage des attentes populaires que l'ère Talon n'a qu'en partie satisfaites.


À peine investi, le nouveau chef de l'État a signé le décret n°2026-314 portant composition de son gouvernement. Vingt-quatre ministres, dont six femmes. Un cabinet qui, au premier regard, ne laisse guère de place au suspense : la continuité l'emporte nettement sur la rupture.


"Notre économie a progressé, c'est une réalité. Mais nous savons tous qu'une croissance nationale n'a de sens que lorsqu'elle devient visible dans la vie ordinaire des populations." — Romuald Wadagni, discours d'investiture


Un gouvernement estampillé "Talon", assumé comme tel


Yvon Détchenou reste à la Justice. Aristide Medenou hérite des Finances. Corinne Amori Brunet aux Affaires étrangères, Djibril Mama Cissé Moussa à la Sécurité publique... Autant de noms familiers du dispositif sortant. Cette reconduction massive de cadres aguerris traduit une volonté affirmée de stabilité, à un moment où l'exécutif béninois entend consolider les acquis macroéconomiques engrangés depuis 2016.

Parmi les signaux notables, la création d'un ministère de la Transformation Digitale et de l'Innovation "en charge de la stratégie nationale d'intelligence artificielle" confié à Mahuna Akplogan. C'est un message fort envoyé à la communauté internationale et aux investisseurs : le Bénin entend se positionner dans la course africaine à l'IA. Toutefois, pour la majorité des citoyens préoccupés par la cherté de la vie, ce choix paraît encore lointain des urgences du quotidien.


Les défis sociaux, test grandeur nature du septennat


Dans son discours d'investiture, Wadagni a articulé sa promesse autour d'une équation simple : traduire la croissance en bénéfices concrets pour chaque famille béninoise. Une formule qui résonne comme un aveu : dix ans de réformes économiques et de grandes infrastructures n'ont pas suffi à améliorer sensiblement le pouvoir d'achat des ménages les plus modestes. Le coût de la vie, l'accès à l'emploi pour les jeunes diplômés, la couverture santé universelle, l'accès à l'eau et à l'électricité dans les zones rurales demeurent des chantiers ouverts.

Le gouvernement devra rapidement convaincre au-delà des cercles économiques naturellement rassurés par la continuité. Avec six femmes sur vingt-quatre membres, la parité reste un horizon, non une réalité. Un signal que les associations féminines n'ont pas tardé à relever.


La menace jihadiste et la diplomatie sahélienne, dossiers brûlants


Le maintien d'un ministère dédié à la Défense nationale, confié à Gildas Agonkan, souligne la persistance de la menace sécuritaire dans le nord du pays. Les incursions jihadistes dans les départements de l'Alibori et de l'Atacora ont fait des dizaines de victimes civiles et militaires ces dernières années. "Le Bénin ne cèdera ni à la peur ni au relâchement", a martelé Wadagni lors de son investiture.

Sur le plan diplomatique, le dossier épineux des relations avec les voisins sahéliens (Niger, Burkina Faso, Mali ) gouvernés par des juntes souverainistes, héritera à Corinne Amori Brunet un portefeuille aussi stratégique que délicat. Ces régimes accusent régulièrement Cotonou de complicité avec l'Occident, dans un contexte de fermeture du robinet pétrolier et de tensions sur le corridor commercial de Niamey.


Septennat ou continuité déguisée ? Le pari de la confiance


La grande question que pose ce premier gouvernement Wadagni est celle de la rupture réelle. La réforme constitutionnelle qui étend le mandat à sept ans renouvelable une seule fois et donne au président un horizon long. Mais un horizon long ne garantit pas une ambition sociale plus large. L'opposition, exsangue après deux mandats de Talon, Les Démocrates invalidés, Boni Yayi absent, n'est pas en mesure d'exercer une pression institutionnelle significative. La société civile et les citoyens ordinaires seront donc, plus que jamais, les vrais baromètres de ce mandat.



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