La phrase a fusé ce lundi matin, sur France Inter : « j'ai remis ma démission parce que je suis responsable de tout ce qui se passe. » Laurent Nuñez a confirmé avoir proposé de quitter Beauvau, avant qu'Emmanuel Macron ne refuse, au nom « de la nécessité d'un commandement continu des forces de l'ordre dans le contexte actuel ». Un maintien conditionné par le président. L'Élysée exige de « nouveaux modes d'action » face aux casseurs et pointe des « défaillances d'anticipation et de renseignements ».
Un ministre sous conditions
Dimanche soir, le président avait dénoncé une « violence débridée » imputée à des « factieux » d'ultra-gauche et à des délinquants, promettant que « ceux qui ont détruit doivent payer, ceux qui ont pillé doivent rembourser ». Sur France Inter, Nuñez a reconnu une « asymétrie » entre le dispositif policier et l'ampleur des cortèges, tout en mettant en cause l'extrême gauche. Le garde des Sceaux Gérald Darmanin a lui-même admis que les autorités avaient « failli incontestablement », citant un défaut de renseignements.
À droite comme à gauche, la classe politique réclamait pourtant sa tête dimanche : Marine Tondelier estimait qu'il n'avait « pas d'autre issue », dénonçant des « villes entières abandonnées aux casseurs ».
Les premières mesures de la cellule de crise
Lundi à 10 heures, le Premier ministre Sébastien Lecornu réunissait huit ministres place Beauvau. À la sortie, trois mesures fortes ont été annoncées notamment des couvre-feux « partiels et très localisés » dès ce soir, à la demande des préfets ; l'état d'urgence seulement « si c'est utile » ; et le déclenchement du chômage partiel à 100 % pour les commerces sinistrés.
Côté justice, des dizaines de personnes ont été placées en détention provisoire, et la procureure de Paris Laure Beccuau a promis de ne rien lâcher : « Nous allons rester mobilisés autant de temps qu'il faudra ». Bercy réunissait parallèlement commerçants, banques et assurances discutant des dispositifs pour les 1 500 commerces directement touchés, selon la Fédération du commerce et de la distribution (FCD). Enfin, Lecornu doit réunir partis, syndicats et collectivités, un rendez-vous que le RN a déjà refusé de rejoindre. À Marseille, où les scènes ont été les plus violentes, le ministère public a recensé plus de 30 000 personnes en état de pillage au plus fort de l'émeute, parmi lesquelles environ 8 000 émeutiers actifs. Tout rassemblement y est désormais interdit, dès ce lundi.
17 octobre, journée historique
Derrière les vitrines brisées, il y a d'abord eu une marée humaine. Née sur les réseaux, relayée par les syndicats lycéens mobilisés depuis mi-septembre contre la vie chère, la mobilisation a dépassé toutes les prévisions. Les renseignements tablaient sur 110 000 manifestants, les cortèges en ont rassemblé cinq à huit fois plus.
Puis la journée a dérapé. 2 397 interpellations, des pillages jusque tard dans la nuit, la mairie de Limoges et l’office du tourisme de Lyon, détruits par les flammes, et à Saint-Étienne un jeune homme de 17 ans la main arrachée par une grenade policière. De nouveaux heurts ont encore émaillé la nuit de dimanche à lundi, à Paris, Marseille et Lyon.
Le pays croyait connaître les images des grandes crises sociales. Samedi, selon plusieurs observateurs, il a franchi un point de bascule inédit, au-delà même des samedis noirs des Gilets jaunes de 2018.
Et la spirale menace de continuer : la coordination des Gilets jaunes a déjà annoncé un « acte II » samedi prochain.