À Jérusalem, ce jeudi matin, les Israéliens se réveillent sans gouvernement et sans alternative. Le dépouillement progresse, plus de 94,4 % des bulletins comptés, et le constat ne change plus. Le camp de Benjamin Netanyahu est en tête avec environ 54 sièges sur 120, l'opposition en rassemble 48, et les listes arabes, avec un score historique de 20 députés, s'imposent comme les faiseurs de roi d'un Parlement fracturé. Sept sièges manquent au Premier ministre sortant. Treize à l'opposition. Personne ne peut gouverner seul.
Un vote record
Un vote massif pour un pays fracturé, c'est le paradoxe de ce scrutin. Jamais les Israéliens ne se sont autant déplacés aux urnes. 77,7 % de participation, du jamais-vu depuis un quart de siècle. Mais jamais le paysage politique n'est apparu aussi éclaté.
Le Likoud arrive largement en tête avec 27 sièges, mais c'est un score en trompe-l'œil. Le parti de Netanyahu en perd une dizaine par rapport à 2022. La vraie sensation vient de Yashar !, le parti du centriste Gadi Eisenkot, ex-chef d'état-major qui perce avec 21 sièges, et surtout de la Liste unifiée du dirigeant arabe Yousef Jabareen, qui bondit à 12 sièges, avec Raam qui en ajoute 8.
Netanyahu, qui a présenté ce scrutin comme une question de « survie pour l'État juif », a joué sa survie politique. Il l'a peut-être gagnée sur le fil, lui qui reste Premier ministre par intérim tant qu'aucune coalition n'émerge.
Les listes arabes, faiseuses de roi malgré elles
C'est l'autre grande leçon de la nuit. Avec environ 20 sièges, les listes arabes détiennent la clé mathématique du pouvoir, additionnées au bloc d'Eisenkot, elles forment une majorité arithmétique anti-Netanyahu. Yousef Jabareen l'a bien compris. Selon l'AFP, le dirigeant de la Liste unifiée a lancé mercredi un appel à un partenariat judéo-arabe, pour « chasser Netanyahu du pouvoir ».
Mais l'arithmétique n'est pas la politique. Comme le relève l'AFP, Eisenkot et plusieurs de ses alliés ont jusqu'ici exclu toute alliance de ce type, redoutant la réaction de leurs propres électeurs de droite. Une cohabitation arabo-israélienne au gouvernement serait historique, et pour l'heure, hautement improbable.
Ce qui se passe dans les prochaines heures
Selon des médias israéliens, les résultats définitifs sont attendus jeudi soir ou vendredi matin. Le président Isaac Herzog, qui, rapporte l'AFP, a pressé les partis de tout tenter pour éviter un nouveau scrutin, recevra ensuite les chefs de partis avant de désigner un formateur, disposant en principe de 28 jours, prolongeables de 14.
Quatre scénarios restent ouverts : une coalition Netanyahu élargie, une alliance anti-Netanyahu avec ou sans les partis arabes, une paralysie prolongée ou le retour aux urnes, comme lors des quatre élections tenues entre 2019 et 2021. De mémoire, en 2022, il avait déjà fallu 58 jours à Netanyahu pour bâtir sa coalition.