SOCIETE

Freck Tell KOSSOUHO dévoile les ressorts de l'appropriation des services judiciaires dématérialisés

Comment les citoyens béninois s'approprient-ils les services judiciaires dématérialisés ? C'est à cette interrogation que répond le mémoire de Master de Freck Tell KOSSOUHO, soutenu avec la mention Très Bien (17/20) à l'ENSTIC. Une recherche qui met en évidence les facteurs déterminants de l'adoption des services numériques dans le secteur de la justice et ouvre de nouvelles perspectives pour les politiques publiques.

Freck Tell KOSSOUHO dévoile les ressorts de l'appropriation des services judiciaires dématérialisés

L'École nationale des sciences et techniques de l'information et de la communication (ENSTIC) a accueilli, le mercredi 1er juillet 2026, la soutenance du mémoire de Master professionnel de Freck Tell KOSSOUHO, inscrit en Conception, Gestion et Évaluation des Programmes Numériques de Développement Territorial.

Intitulée « Méthodes d'appropriation des services publics dématérialisés par les usagers dans le secteur judiciaire au Bénin de 2016 à 2025 », cette recherche s'est penchée sur un enjeu majeur de la transformation numérique de l'administration béninoise : comprendre les mécanismes qui favorisent l'utilisation effective des services judiciaires dématérialisés par les citoyens.

Les travaux ont été présentés devant un jury présidé par Raphaël YEBOU, Professeur titulaire en Grammaire et Stylistique à l'Université d'Abomey-Calavi (UAC) et Directeur adjoint de l'ENSTIC. Le rapporteur, Laurent de-Laure FATON, Maître-Assistant en Communication et Information à l'UAC, a salué la rigueur méthodologique de l'étude, tandis que Zakiath BONOU-GBO, Maître-Assistante en Linguistique et Cheffe du département des Métiers de l'Audiovisuel et du Multimédia de l'ENSTIC, a relevé la clarté et la cohérence de la démonstration.

À l'issue des délibérations, le jury a décerné au candidat la mention Très Bien, avec une note de 17/20, assortie de ses félicitations.

Une étude fondée sur les réalités du terrain

Pour répondre à sa problématique, Freck Tell KOSSOUHO a adopté une approche scientifique combinant enquête quantitative et analyse qualitative. Son étude s'appuie sur les réponses de 485 usagers ainsi que sur des entretiens semi-directifs réalisés avec des responsables institutionnels, notamment le Responsable du Département eServices et Plateformes de l'ASIN et le Directeur des Systèmes d'Information du Ministère de la Justice et de la Législation.

Sur le plan théorique, la recherche mobilise plusieurs références majeures, notamment la théorie de la diffusion de l'innovation de Rogers, les modèles d'acceptation technologique TAM et UTAUT, le modèle d'appropriation de De Certeau ainsi que le concept de littératie numérique critique.

Les résultats révèlent que l'accès à une information claire et compréhensible demeure un levier essentiel de l'appropriation des services. Ainsi, 53,2 % des personnes interrogées déclarent connaître l'existence des services judiciaires dématérialisés, tandis que 51,3 % les utilisent effectivement.

L'étude met également en évidence une perception favorable de ces outils. Près de 76 % des répondants estiment que la dématérialisation contribue à réduire les pratiques de corruption, et 77 % affirment être prêts à recommander ces services à leur entourage.

Les compétences numériques ne suffisent pas

L'un des principaux enseignements de cette recherche remet en cause une idée largement répandue selon laquelle la maîtrise des outils numériques constituerait le principal facteur d'adoption des services en ligne.

Les analyses montrent que les utilisateurs et les non-utilisateurs présentent des niveaux de compétences numériques relativement similaires. L'appropriation des services judiciaires dématérialisés dépend davantage d'un ensemble de facteurs culturels, économiques, infrastructurels et générationnels, dans lesquels la confiance envers les institutions, la qualité de l'information et l'accompagnement des usagers jouent un rôle déterminant.

« Cette recherche m'a permis de comprendre que la dématérialisation ne se résume pas à une question d'outils : elle engage des dynamiques sociales complexes où la confiance, l'information et l'accompagnement humain sont tout aussi décisifs que la technologie elle-même », confie Freck Tell KOSSOUHO, auteur de l'étude.

Des pistes pour renforcer l'inclusion numérique

Au-delà de ses conclusions scientifiques, le mémoire formule plusieurs recommandations destinées à améliorer l'accès des citoyens aux services judiciaires numériques. L'auteur préconise notamment l'organisation d'ateliers mobiles au profit des personnes âgées, la création de points d'accompagnement dans les mairies, le développement d'interfaces vocales en langues locales ainsi que la mise en place d'un réseau d'ambassadeurs citoyens.

Prochainement disponible au centre de documentation de l'ENSTIC, ce mémoire apporte une contribution aux réflexions sur la transformation numérique des services publics au Bénin. Il rappelle qu'une dématérialisation réussie ne repose pas uniquement sur la performance des plateformes numériques, mais aussi sur la capacité des citoyens à s'approprier ces services grâce à une information accessible, un accompagnement adapté et un climat de confiance entre les usagers et les institutions.

 

69 vues 5 min

Partager cet article

Commentaires (0)

Soyez le premier à commenter cet article.