Résumons les faits, parce que la fiction n'aurait pas osé. Le 14 septembre, un présentateur de France 24 commet l'irréparable en qualifiant Mamadi Doumbouya de « président putschiste ». Une description qui a le tort d'être exacte. L'homme a bel et bien pris le pouvoir par un coup d'État en 2021 mais qui a visiblement le tort, plus grave encore, de le rappeler.
Le lendemain, la Haute autorité de la communication guinéenne dégaine la mise en demeure. Motif : un « qualificatif inapproprié », un mot qui « ignore la légitimité issue des urnes ». On appréciera la subtilité de l'argument. Le passé militaire ne compte plus, seule l'élection de 2025 fait foi à cette élection tenue, comme le veut la formule consacrée, « sans opposant d'envergure », ce qui est une autre façon élégante de dire « sans opposant ».
France 24 tente alors la carte de la contrition. Excuses publiques, promesse de rectifier à l'antenne, mea culpa sur le site internet. La chaîne « reconnaît » avoir « qualifié par erreur » le chef de l'État de putschiste comme si le putsch, lui, avait eu lieu par erreur, et que seule sa mention en 2026 relevait de la maladresse.
Mais l'extrait reste en ligne. Crime de récidive numérique. Jeudi, sanction : diffusion coupée, effet immédiat, sur tout le territoire. La Guinée rejoint ainsi le club select des pays qui préfèrent éteindre le poste plutôt que changer de sujet de conversation. Un club qui compte déjà le Mali, le Burkina Faso, le Niger et, dans un autre registre, le Togo, où France 24 attend son rétablissement depuis une suspension « de trois mois » entamée en 2025 et manifestement calculée sur un calendrier extensible.
Au passage, la semaine aura aussi coûté son accréditation au correspondant de Jeune Afrique, pour des « manquements professionnels » que personne n'a jugé utile de détailler et sans doute par pudeur.
On retiendra surtout la leçon de sémantique : en Guinée, on peut arriver au pouvoir par la force, gouverner sans opposition sérieuse, et rester en excellents termes avec la presse à condition que celle-ci s'en tienne scrupuleusement au vocabulaire choisi par le principal intéressé. Le mot juste, en somme, sera toujours moins toléré que le fait qu'il décrit.