Imperturbable à son arrivée au palais de justice de Mombasa, menotté aux côtés de 29 co-accusés, l'ancien chauffeur de taxi devenu pasteur a écouté, impassible, le verdict être prononcé.
« Il a ordonné que ceux qui refusaient de jeûner soient frappés. » Une phrase qui résume l'essentiel de ce qu'aura retenu la juge Diana Kavedza au cours des débats. Selon le tribunal, Paul Mackenzie n'a pas seulement prêché la mort, il l'a imposée grâce à ce « système organisé » dans lequel les enseignements religieux étaient utilisés comme armes.
Sur son ranch de 800 acres de la forêt de Shakahola, près de la station balnéaire de Malindi, Mackenzie avait promis à ses adeptes qu'ils « rencontreraient Jésus » en se laissant mourir de faim.
L'accusation a décrit une « hiérarchie de la mort » rationnée. Les enfants devaient d'abord mourir, puis les adolescents, les femmes, enfin les hommes. Plus de 120 témoins ont défilé à la barre sur les événements survenus entre 2021 et 2023. Les autopsies ont établi que les enfants sont morts de faim, mais aussi d'asphyxie, de compression du cou et de traumatismes crâniens.
Des alertes ignorées pendant des années, plus de 400 corps exhumés
L'affaire éclate en avril 2023, quand un défenseur des droits de l'homme avertit les autorités que des fidèles meurent de faim dans la forêt de Shakahola, à quelques kilomètres des plages de Malindi. Les fouilles débutent alors, et la police exhume plus de 400 corps dans des fosses peu profondes. Des corps d'hommes, de femmes, et surtout d'enfants. Le Kenya découvre alors avec horreur le « massacre de Shakahola », l'une des pires tragédies sectaires de son histoire.
En 2024, la Commission kényane des droits de l'homme recensait 429 corps, dont certains restaient non identifiés, et les fouilles durent s'arrêter, faute de place dans les morgues locales.
Mais en janvier, Mackenzie est de nouveau inculpé pour 52 corps supplémentaires découverts dans un village voisin. Le passé du prédicateur, jugé pour la première fois malgré deux interpellations sans suite, en 2017 pour radicalisation et en 2019 pour la mort de deux enfants, alimente davantage la colère des Kényans.
Les familles des victimes, venues par dizaines à Mombasa, réclament une justice exemplaire et un encadrement beaucoup plus strict des organisations religieuses. Francis Wanje, qui a perdu huit des siens à Shakahola, dont sa fille et deux petits-enfants, dénonce alors l'inaction initiale des autorités.
La défense de Mackenzie, elle, a plaidé un dossier « fondé sur des preuves circonstancielles et des témoignages de ouï-dire ». Le pasteur reste par ailleurs poursuivi dans des dossiers séparés pour homicide involontaire et terrorisme.
Mackenzie avait fondé son église, Good News International Ministries, en 2003. Il y a rassemblé des milliers de fidèles pendant des années, prêchant la fin des temps, rejetant l'école et la médecine, avant d'ordonner sa fermeture en 2019 et de se replier dans la forêt.
Le prédicateur, qui risque la perpétuité, sera définitivement condamné le 6 novembre. Au Kenya, la peine de mort, bien que toujours prévue par les textes, n'a plus été exécutée depuis 1987.