INTERNATIONAL

« Le pays est en péril » : Joseph Kabila prend la tête d’un mouvement politico-militaire en RDC

Condamné à mort par contumace, l'ancien président de la République démocratique du Congo a officialisé, lundi 12 octobre à Goma, sa prise de contrôle du Front pour la refondation de la nation (FRN), une plateforme politico-militaire qui absorbe l'AFC/M23.

« Le pays est en péril » : Joseph Kabila prend la tête d’un mouvement politico-militaire en RDC

Trois jours après une adresse à la nation en forme de réquisitoire, l'homme qui a dirigé la RDC pendant dix-huit ans vient de franchir un seuil. Un stylo, une table, des documents signés sous les regards des caméras, lundi soir à Goma, capitale du Nord-Kivu tenue depuis plus de deux ans par la coalition rebelle AFC/M23, Joseph Kabila a acté la naissance du Front pour la refondation de la nation (FRN). Il en prend officiellement la tête.

L'organisation, qui englobe l'Alliance Fleuve Congo (AFC) et le Mouvement du 23 mars (M23), est dotée de plusieurs vice-présidents, dont le dirigeant de l'AFC, Corneille Nangaa, du M23, Bertrand Bisimwa, ainsi que Sultani Makenga et autres responsables du M23,

Uni pour lutter contre le gouvernement de Tshisekedi qualifié de tyrannique par Joseph Kabila, le Front pour la refondation de la nation (FRN) s’arroge le droit d'employer la force contre Kinshasa. « Le Front pour la refondation de la Nation a pour mission de fédérer et de coordonner toutes les forces de résistance, afin de mettre un terme à la tyrannie, par tous les moyens, y compris la force, et de tracer une nouvelle voie et de nouvelles perspectives pour le pays », a affirmé au cours de son discours, Claude Ibalanky, conseiller de la coalition.

Un aboutissement, public et solennel, d'une bascule annoncée depuis des mois, celle d'un président sorti du pouvoir par les urnes et qui ambitionne de revenir par la guerre.

Une sortie préméditée

Le coup de Goma n'est pas tombé du ciel. Il couronne une séquence orchestrée avec un sens aigu du timing. Vendredi 9 octobre, l'ancien chef d'État, au pouvoir de 2001 à 2019, avait publié une allocution, la deuxième depuis son départ du palais de la Nation, intitulée sans détour : « Le pays est en péril : ne pas agir, c'est être complice. » Sans jamais nommer Félix Tshisekedi, il fustigeait une gouvernance marquée par « l'institutionnalisation du tribalisme et du népotisme ».

Dans sa vidéo, il dressait le diagnostic alarmiste : d'un régime devenu, selon lui, une « dictature », dénonçait une dette publique de plus de 18 milliards de dollars, chiffre cohérent avec les données officielles de la Direction générale de la dette, qui l'établit à 18,55 milliards à fin septembre.   Il dénonçait également une guerre à l'Est menée « sans perspective de victoire » et le « refus méprisant » d’ouvrir un dialogue national inclusif. Une adresse à la nation qui laissait entendre une « initiative à venir » sans en préciser la nature. Lundi, l'initiative prenait corps.

Un ex-président hors la loi face à un pouvoir assiégé

Aux yeux de Kinshasa, la rupture était consommée. Condamné à mort par contumace le 30 septembre 2025 par la Haute Cour militaire pour trahison et crimes de guerre, sommé de verser 33 milliards de dollars à l'État, Joseph Kabila est également inscrit depuis avril 2026 sur la liste noire du Trésor américain pour son soutien allégué au M23. En avril 2025, son parti, le PPRD (Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie), a été suspendu, après son retour spectaculaire par l'Est et son arrivée à Goma alors sous contrôle rebelle. Face à lui, Félix Tshisekedi, pris en intersection entre le retour en plénière de la loi référendaire, qui organise la tenue de référendums, et la seconde phase ou phase de négociation du dialogue national, lancé en août dernier, n’a pas encore réagi à cette sortie.  

Une annonce qui intervient alors que la guerre se poursuit à l’est de la RDC entre l’AFC/M23 et les Forces armées de la RDC (FARDC), appuyées par les milices locales Wazalendo, et ce, malgré les multiples médiations nationales et internationales.

27 vues 4 min

Partager cet article

Commentaires (0)

Soyez le premier à commenter cet article.