À l'origine de cette condamnation historique, une plainte déposée en 2021 par le Nouveau-Mexique, seul État américain à avoir porté le scandale Cambridge Analytica devant un tribunal. Le cabinet britannique avait exploité à des fins politiques, à l'insu des intéressés, les données de dizaines de millions d'utilisateurs de Facebook, collectées notamment au profit de la campagne ayant porté Donald Trump au pouvoir en 2016.
Le 25 septembre, après un procès de deux semaines, un jury de Santa Fe a reconnu Facebook responsable de près de 44 millions d'infractions à la loi de l'État sur les pratiques commerciales déloyales, pour 26 déclarations trompeuses formulées entre 2010 et 2021, dont certaines émanant directement de Mark Zuckerberg et de son ancien numéro deux, Sheryl Sandberg. Les jurés ont compté, grosso modo, une infraction par habitant potentiellement exposé à chaque promesse non tenue, dans cet État de 2,1 millions d'âmes. À 5 000 dollars par infraction, le maximum légal, l'addition théorique atteignait 219,5 milliards de dollars, que le juge a ramenés à 25 milliards, sans expliciter son calcul.
Un signal pour la Silicon Valley
Face à la presse, le procureur général du Nouveau-Mexique, Raúl Torrez, a qualifié le verdict de « l'un des plus importants, sinon le plus important, jamais rendu contre une entreprise par un État américain ». « Ce jugement doit être un signal envoyé à la Silicon Valley », a-t-il lancé, rappelant que, selon la Constitution locale, ces sommes iront au financement de l'éducation : « Nous venons peut-être de payer la construction d'écoles pour les cent prochaines années. »
L'addition s'accumule pourtant pour Meta. Le groupe a déjà versé 942 millions de dollars au Nouveau-Mexique dans le dossier de la protection des mineurs, et accepté fin août de payer jusqu'à 18 milliards pour solder les poursuites de 51 États et territoires sur l'addiction des adolescents, un accord auquel le Nouveau-Mexique, précisément, a refusé de se joindre. L'État solitaire a ainsi obtenu, à lui seul, davantage que tous les autres réunis. Le patron de la justice de l'État, Me Randi McGinn, l'avait résumé devant le tribunal : « Cette cour doit parler à Meta dans la seule langue qu'il comprend : l'argent. »
Reste l'inconnu de l'appel. Meta, « convaincu de l'emporter », estime que la décision « rend quasiment impossible de faire des affaires » dans l'État. Ironie du calendrier, quelques heures après la sanction, l'entreprise annonçait un chiffre d'affaires trimestriel de 64,6 milliards de dollars, en hausse de 26 % sur un an, son titre gagnant près de 4 % en Bourse. La facture du Nouveau-Mexique, aussi astronomique soit-elle, représente à peine quatre mois de recettes publicitaires. C'est peut-être là tout l'enjeu des années à venir. Pour que de telles condamnations changent vraiment les pratiques des plateformes, encore faudra-t-il qu'elles finissent par faire un peu plus que tiquer dans les comptes de résultats.