Sonko brise le silence : le récit d'une rupture annoncée
Au lendemain de la formation du gouvernement Lô, l'ancien Premier ministre a livré mardi sa version des faits. Une conférence de presse dense, parfois acérée, qui lève le voile sur des semaines de tensions souterraines entre lui et le président Bassirou Diomaye Faye.
Une rencontre au Palais, une médiation en coulisses
Pour la première fois depuis son éviction, Ousmane Sonko a brisé le silence. Ce mardi 2 juin 2026, debout face aux caméras, l'ancien chef du gouvernement et président de Pastef a raconté avec minutie les derniers échanges qui ont précédé la rupture. Selon lui, une médiation avait été conduite en amont par le nouveau Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô ainsi que d'autres personnalités. Le président Faye lui aurait adressé un message tard dans la soirée du dimanche pour le convier au Palais. Sonko avait décliné pour le soir même, acceptant de s'y rendre « le lendemain à 8 heures ».
Les discussions ont porté sur trois sujets jugés majeurs. Sur la question de la dette publique, le président Faye aurait indiqué ne pas envisager de restructuration dans l'immédiat, tout en ne l'excluant pas si la situation venait à s'aggraver. Sur les prix, même posture : pas de hausse prévue, mais une porte laissée entrouverte. Sur la justice et la reddition des comptes, Sonko a été sans détour : « Je lui ai clairement dit que nous ne nous entendrons pas sur ce sujet. »
Le bras de fer sur la composition du gouvernement
L'ancien Premier ministre a refusé de présenter cette séparation comme une décision concertée. Sur la formation de l'équipe gouvernementale, Sonko affirme que Faye envisageait d'intégrer sept membres de Pastef, mais souhaitait réserver les postes régaliens à des personnalités sans appartenance politique. Une ligne que Sonko a vigoureusement contestée, pointant notamment la nomination d'un responsable militaire qu'il décrit comme très actif politiquement. Sa conclusion était sans ambiguïté : « Nous ne pouvons pas être la caution politique de cette deuxième partie du mandat sans avoir une représentativité dans ce gouvernement. »
Après consultation du COMEX de Pastef et des contre-propositions restées lettre morte, la décision de ne pas participer au gouvernement a été actée. Dans la foulée, Sonko a clairement désavoué les responsables de Pastef qui ont choisi de rester dans la nouvelle équipe gouvernementale, affirmant que son parti ne comptait « zéro ministre » dans le gouvernement Lô.
Des accusations graves contre le président
Le ton de la déclaration a franchi un cran supplémentaire lorsque Sonko a accusé Bassirou Diomaye Faye de manœuvrer pour fragiliser Pastef de l'intérieur. Selon lui, le chef de l'État aurait tenté de négocier directement avec des membres du parti, en contournant délibérément les instances dirigeantes. Il rapporte même que Faye se serait présenté comme « le plus représentatif dans Pastef » lors d'une réunion — une affirmation que Sonko a aussitôt mise au défi : « Il faut sortir dans la rue et appeler à un meeting, sans Ousmane Sonko. Si tu réunis 100 personnes, on verra. » Sur un registre plus personnel, il a conclu : « Son problème semble être moi. On dirait qu'il ne peut même plus me voir en peinture. »
Majoritaire à l'Assemblée, mais pas pressé d'en découdre
Lors de sa déclaration, le leader de Pastef a rappelé que son camp conserve le contrôle de l'Assemblée nationale, un levier qu'il estime décisif dans le rapport de force actuel. Il n'a pas manqué de le signifier clairement : « Je peux faire tomber ce gouvernement dès demain. » Mais il se veut mesuré. Sonko exclut toute motion de censure spontanée, sauf si le camp présidentiel « attaque en premier ». Il a notamment cité les convocations des députés Cheikh Bara et Guy Marius Sagna comme des signaux d'une stratégie de provocation délibérée.
Sa ligne rouge est néanmoins posée : « S'ils utilisent la force de l'État pour nous combattre, nous utiliserons tous les moyens légaux que nous confère la Constitution pour leur faire face. »
Au-delà de son départ du gouvernement, Sonko a surtout cherché à réaffirmer son influence politique. Cette conférence de presse marque, plus qu'un règlement de comptes, un repositionnement. L'homme qui partageait avec Diomaye Faye une cellule de prison et un slogan : « Diomaye moy Sonko », est désormais dans l'opposition de fait. Et visiblement, il entend y peser.